[AAC] – Journées d’étude
Usages du numérique éducatif à l’université en territoires et contextes vulnérables
Dispositifs, usages et enjeux socioculturels
10 et 11 décembre 2026
Technopole, Université de Mayotte
L’équipe du projet X-MEM (eXtended Mobile Education Mayotte) a le plaisir de lancer un appel à communications dans le cadre du séminaire de recherche organisé par l’université de Mayotte en partenariat avec les laboratoires SIC.Lab Méditerranée (Université Côte d’Azur) et CREN (Nantes Université), dans le cadre du projet ANR DEMOES X-MEM.
Principalement mobilisée en SHS pour désigner des espaces ruraux, urbains et frontaliers dont les habitant.e.s rencontrent des difficultés liées à d’importantes inégalités d’ordres économique, structurel et social, la notion de territoire vulnérable et vulnérabilisé, désigne des espaces nécessitant des besoins spécifiques en constante situation de crises et mises dans des situations extrêmes (Lefer Sauvage et al., 2024), liées par exemple à l’écologie, à la géopolitique et à la fragilisation des populations. Dans ces territoires où évoluent des publics également qualifiables de vulnérables, les enjeux liés au numérique sont centraux, qu’il s’agisse par exemple du sous-équipement financier et / ou humain des structures d’accompagnement, ou de l’insuffisance des infrastructures réseau.
L’université est un espace où se (re)dessinent les usages des outils numériques pendant et en dehors des situations d’apprentissage : d’abord du fait de la liberté pédagogique accrue des formateurs, formatrices, des enseignant.e.s et chercheur.euse.s qui peuvent choisir ou non d’expérimenter sans être évalué.e.s sur leur méthodes pédagogiques, ensuite par les nouvelles dynamiques sociales et organisationnelles entre étudiant.e.s à qui l’institution demande de développer rapidement une importante autonomie (Tessier, 2019). En tant qu’établissement public, l’université accueille « naturellement » de nombreux publics et dont le nombre d’étudiants et étudiantes accueillis ne fait qu’augmenter tandis que les moyens alloués aux établissements déclinent (Doussot et Pons, 2020). De plus, au même titre que les publics qu’elles accueillent, les universités sont également loin de représenter un corps homogène dans leurs missions, finalités et conditions d’admission (Mocquet, 2020). A Mayotte, par exemple, la grande précarité d’une majorité d’étudiants à laquelle les enseignants ne sont pas formés, questionne un modèle d’enseignement qui repose notamment sur l’utilisation des technologies de l’information et de la communication.
En effet, dans l’enseignement supérieur comme dans le primaire et le secondaire, les Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Education (TICE) ont pris une place progressivement plus importante ces 30 dernières années, creusant par la même occasion les inégalités sociales et économiques découlant de l’accès aux outils numériques (Granjon, 2022). Dans ce contexte, les universités présentes sur des territoires dits vulnérables comme les territoires ruraux ou ultramarins et accueillant des publics vulnérables/vulnérabilisés font face à des défis structurels, humains et culturels uniques, modifiant profondément les enjeux derrière l’utilisation des outils numériques dans et en dehors de l’Université.
Trois axes se dessinent ainsi pour cet appel à communication :
Axe 1 : Pratiques du numérique par les usager.ère.s en contextes universitaire et social vulnérables
Cet axe vise à éclairer la manière dont les réseaux sociaux, applications de messagerie instantanée, LMS et aujourd’hui l’IAG redéfinissent les rapports des personnels et des étudiant.e.s à la communication, l’organisation et au travail. La formule idéologique ATAWAD (AnyTime, AnyWhere, AnyDevice) et le suivi des activités des étudiant.e.s via les learning analytics redessinent les manières d’interagir avec l’institution, mettant parfois les usager.ère.s dans des positions délicates par exemple au regard du droit à la déconnexion (Cordier, 2017).
Dans les territoires fragiles ou vulnérables, la formation à ces outils brouillant les frontières entre le non travail et le travail reste peu développée. Loin des standards d’usage pensés par les concepteurs de ces appareils et applications, de nouvelles pratiques émergent, révélant parfois des impensés, des incompatibilités, ou de nouvelles opportunités (Domenget, 2021). Ces situations influencent l’enseignement et l’apprentissage et met en lumière un fossé important entre les attentes institutionnelles et la réalité de l’ensemble des partie-prenantes, notamment du fait de problématiques liées à l’infrastructure réseau, l’accès au matériel informatique et à une formation insuffisante aux progiciels, plateformes et outils numériques comme les ENT (Bruillard, 2011).
Comment se composent, structurent, et évoluent ces usages des TICE par les étudiant.e.s à et en dehors de l’université ? Comment les associations et entreprises de l’EdTech sont sollicitées ou sollicitent l’université et appréhendent (ou non) les spécificités locales ? Comment les enseignant.e.s incorporent (ou non) les TICE dans leurs enseignements et répondent aux usages des étudiant.e.s ? Quelles dynamiques se mettent en place du fait des difficultés socio-économiques du territoire et des usager.ère.s ?
Axe 2 : Accessibilisation numérique et transformations pratiques d’enseignement apprentissage
Cet axe vise à interroger de quelle façon les usages et pratiques avec outils numériques participent à une transformation effective des pratiques pédagogiques et didactiques du métier enseignant et enseignante. Il s’intéresse plus particulièrement aux expérimentations et aux enjeux d’accessibilisation dans des contextes de vulnérabilités ou de vulnérabilisation. Les outils numériques sont souvent envisagés comme des leviers favorisant la participation, mais leur potentiel dépend moins de leur simple présence que des conditions concrètes de leur appropriation. Cela d’autant plus lors de leur inscription dans des environnements d’enseignement marqués par des contraintes multiples. Dans des contextes ultra-marins, les situations de vulnérabilité/vulnérabilisation et les impensés d’une accessibilité au regard de ces circonstances dans les usages et pratiques avec outils numériques peuvent être de multiples freins dans l’enseignement.
L’accessibilisation suppose une articulation fine entre dispositifs, pratiques pédagogiques et intentions didactiques, ce qui interroge directement les compétences professionnelles et les marges de manœuvre des enseignant·e·s (Benoit & Feuilladieu, 2017). Elle ne peut être pensée indépendamment des processus de vulnérabilisation produits ou renforcés par les institutions elles-mêmes, qui peuvent à la fois contraindre l’activité et susciter des transformations. Dans cette perspective, les usages du numérique apparaissent comme des ressources fonctionnelles permettant aux acteurs enseignant·e·s comme étudiant·e·s de développer des formes de pouvoir d’agir, en réponse aux tensions rencontrées dans les situations d’enseignement (Bourdon et al., 2026). Cependant, sous quelles conditions les outils numériques peuvent contribuer à une accessibilisation réelle aux apprentissages ? Comment prendre en compte les dynamiques de vulnérabilité/vulnérabilisation et les formes de pouvoir d’agir qui émergent, et accessibiliser les enseignements ?
Axe 3 : Approche critique en sciences de l’éducation et information-communication : comment aller au-delà de l’euro-centrisme ?
Cet axe propose d’interroger la pertinence et la « justesse » des cadres d’analyse lorsqu’ils sont transposés à des contextes autres de ceux dans lesquels ils ont été élaborés (De Sousa Santos, 2014). Il s’agit notamment d’examiner les décalages et les heurts qui peuvent émerger entre cadre théorique et réalités du terrain : que rendent-ils visibles, que laissent-ils dans l’ombre, et à quelles conditions peuvent-ils être adaptés ou reconfigurés ? La conduite d’enquêtes dans des contextes non occidentaux invite en effet à s’affranchir d’une conception universaliste (notamment des usages et des cultures “numériques”), souvent implicitement occidentalo-centrée, et à réintroduire des dimensions culturelles et anthropologiques dans leur analyse (Laborie et al., 2025 ; Lefer-Sauvage, 2026).
L’axe invite ainsi à questionner les manières d’enquêter (choix théoriques, dispositifs méthodologiques, posture du/de la chercheur·e, etc) en prêtant une attention particulière aux formes de réflexivité, aux ajustements empiriques et aux possibles hybridations ou déplacements des cadres d’analyse (Glaser et Strauss, 1967). Le choix des notions de « vulnérabilité » et de « vulnérabilisation » est interrogé ici. Comment faire de la recherche dans des contextes fragiles, notamment ruraux, péri-urbains et ultramarins sans maintenir les effets coloniaux ? Dans quelle mesure les cadres théoriques, épistémologiques et méthodologiques orientent-ils le processus d’enquête et la production de connaissances ?
Calendrier et modalités :
Ces journées s’adressent aux doctorant.e.s et chercheur.e.s en sciences humaines et sociales, plus particulièrement en sciences de l’éducation et de la formation et en sciences de l’information et de la communication.
Les communications retenues donneront lieu à une présentation de 20 et 30 minutes en présentiel (Université de Mayotte) ou en distanciel.
Les propositions de communication s’inscriront dans un des trois axes (préciser lequel). Elles n’excèderont pas les 400 mots (hors bibliographie, 10 références maximum) et devront être rédigées en français.
Ces propositions de communication seront adressées avant le 15 septembre 2026 aux adresses mails suivantes :
Un retour du comité scientifique sera effectué au plus tard le 15 octobre 2026.
Le programme de la Journée d’études sera stabilisé début novembre 2026.
Comité scientifique :
- Anne CORDIER, Université de Lorraine – CREM UR 3476
- Jean-Claude DOMENGET, Université de Franche-Comté – ELLIADD UR 4661
- Gudrun LEDEGEN, Université Rennes 2 – PREFICS UR 4246
- Fabien LIENARD, Université Le Havre Normandie – UMR IDEES 6266
- Christelle LISON, Université de Sherbrooke – Québec, Canada
- Mathilde MIGUET, Nantes Université – CREN UR 2661
- Cendrine MERCIER, Nantes Université – CREN UR 2661
- Simon NGONO, Université de La Réunion – LCF UR 7390
- Audrey NOEL, Université de La Réunion – LCF UR 7390
- Chaker RAWAD, Université Lyon 2 – ECP UR 4571
- Colin ROBINEAU, Université de La Réunion – LCF UR 7390
Comité d’organisation :
- Patrice BOURDON, Nantes Université – CREN UR 2661
- Bruno GIRARD, Université de Mayotte – SIC.Lab Méditerranée UR 3820
- Marin LABORIE, Nantes Université – CREN UR 2661
- Gaëlle LEFER-SAUVAGE, Université de Picardie Jules Verne – CAREF UR 4697
- Nicolas PELISSIER, Université Côte d’Azur – SIC.Lab Méditerranée UR 3820
- Ayad SAÏD, Université Côte d’Azur – SIC.Lab Méditerranée UPR 3820
Bibliographie :
- Benoit, H., & Feuilladieu, S. (2017). De la typologie des outils numériques dans le champ des EIAH à leur opérationnalité inclusive. La nouvelle revue de l’adaptation et de la scolarisation, 78(2), 25-45.
- Bourdon, P., Laborie, M. et Lefer-Sauvage, G. (2026). S’engager dans l’apprendre avec le smartphone : le cas des étudiant.es de l’université de Mayotte. 13è colloque international du CRIFPE. Montréal. https://colloque2026.crifpe.ca/fr/contributions/consulter/303
- Bruillard, É. (2011). Le déploiement des ENT dans l’enseignement secondaire: entre acteurs multiples, dénis et illusions. Revue française de pédagogie 177, 101‑30.
- Cordier, A. (2017). Les enseignants, pris dans des injonctions paradoxales. Hermès, La Revue, 78(2), 179‑86. https://doi.org/10.3917/herm.078.0179.
- Doussot, S., & Pons, X. (2020). La LPPR et la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche : analyses critiques. Revue française de pédagogie. Recherches en éducation, 207. https://doi.org/10.4000/rfp.9141.
- Glaser, B.G., & Strauss, A.L. (1967). The discovery of grounded theory: Strategies for Qualitative Research. Aldine.
- Granjon, F. (2022) « Inégalités sociales, dispositions et usages du numérique ». Éducation et sociétés, 47(1), 81‑97. https://doi.org/10.3917/es.047.0081.
- Laborie, M. Bourdon, P., et Lefer Sauvage, G. (2025). Construction et usage du récit phénoménologique pour limiter les écueils d’une approche théorique et méthodologique eurocentrée. Carnets de Recherches de l’océan Indien (11).
- Lefer Sauvage, G. (2026). Des esprits qui m’appellent sur mon téléphone ?. Adjectif : analyses et recherches sur les TICE.
- Mocquet, B. (2019) Gouvernance, numérique et enseignement supérieur: Une immersion dans la #TransfoNumDuSup. Préface de Pierre Lévy. École des Mines.
- de Sousa Santos, B. (2015). Epistemologies of the South: Justice against epistemicide. Routledge.
- Tessier, L. (2019). Éduquer au numérique ? : Un changement de paradigme. MkF Editions.
- Wallian, N., Poggi, M.-P., et Lefer Sauvage, G.(2024). Postface : Vulnérabilités, récursivité et cultures de l’extrême : quelle transition éducative possible et acceptable ?. Dans N. Wallian, M.-P. Poggi, & G. Lefer Sauvage (Dir.), Les savoirs de l’extrême (pp 9-16). Éditions des archives contemporaines.




































